Gastronomie et exploitation coloniale, Collectif
Le steampunk est une infusion de science-fiction et d’histoire du XIX e siècle, une période qui connaît l’essor de la gastronomie et l’apogée du colonialisme. Dans cette anthologie, vous découvrirez que derrière les douceurs exotiques importées en mé…
Le steampunk est une infusion de science-fiction et d’histoire du XIXe siècle, une période qui connaît l’essor de la gastronomie et l’apogée du colonialisme. Dans cette anthologie, vous découvrirez que derrière les douceurs exotiques importées en métropole, se cache bien souvent l’amertume de la servitude. Chaque territoire colonisé est un chaudron bouillonnant dont les chefs profitent des effluves pendant que les dominés étouffent à petit feu. Alors attention : si vous soulevez le couvercle, la vapeur risque de vous brûler.
Pour le meilleur ou pour le pire, ou juste différemment. Prenez place dans notre machine à remonter le temps !
Je n’ai acheté ce recueil de nouvelles que pour une seule et unique raison : Yasmine Djebel. J’ai tellement aimé sa plume à la lecture de Sirem et l’oiseau maudit que j’ai décidé de la suivre sur ses autres projets. Le sujet de la gastronomie et du colonialisme ne sont pas des sujets que je maîtrise. Ces nouvelles m’ont permis d’approfondir ma propre réflexion mais ne vous attendez pas à une analyse très poussée, ce n’est pas dans mes compétences.
Les Jeux gastronomiques de Paris, Anne-Justine Jasinski
Intéressant concept de partir sur l’idée de Jeux olympiques version gastronomique !
Dans cette nouvelle, l’autrice prend le parti d’inverser les rôles : l’Europe est soumise aux autres continents. Ce ressort scénaristique, qui m’a fait penser à l’Île des esclaves de Marivaux, permet de remettre en question notre système social actuel. Et ici, changer les rôles pour les remettre en question fonctionne très bien.
Nous partons sur une volonté bienveillante du personnage principal, la reine Malia, pleine d’idéaux voire de naïveté, qui pousse à réfléchir sur l’importance certes de la volonté mais aussi des actes.
J’ai également beaucoup apprécié cet hommage à la cuisine européenne, vu avec un regard étranger, à travers un prisme « exotique » qui renforce cette réflexion sur le colonialisme.
Le goût de l’humanité, Jennifer Joffre
J’avoue que cette nouvelle m’a mise quelque peu mal à l’aise. Mais c’était, je pense, une volonté de l’autrice, donc c’est gagné !
La construction de la nouvelle, selon le compte à rebours des jours qui restent à vivre par Hoàng Mai, donne un certain dynamisme à la nouvelle et fait monter la tension peu à peu.
Le lien très particulier qui se tisse entre elle et 04 permet une étincelle d’espoir. J’ai vu en 04 un symbole de nos générations futures, encore jeunes et façonnées par les anciennes générations et donc la mentalité de ces générations. 04 est un personnage qui grandit et qui s’ouvre au monde, proposant un message d’ouverture d’esprit qui permet aux générations futures de faire mieux.
Une fin un peu prévisible tout de même, mais cela ne m’a pas empêché d’apprécier la lecture de celle ci !
Hauts fourneaux, Thibault Jablonka.
J’ai beaucoup aimé le style de l’auteur ! Des répliques tranchantes et bien phrasées, ainsi qu’une intrigue captivante et surprenante. En revanche, j’avoue ne pas avoir saisi quelle réflexion en tirer.
J’ai beaucoup aimé le concept de la recherche de l’ingrédient secret, mais la fin m’a laissé perplexe, ne sachant pas quoi en penser. Si des lecteurs/lectrices qui ont lu cette nouvelle, ont des idées, n’hésitez pas à m’en faire part en commentaire ! Je suis curieuse de réfléchir sur cette nouvelle parce qu’elle est réellement bien écrite.
Un grain dans la machine, Yasmine Djebel.
J’étais très curieuse de voir l’autrice sur de la SF et je n’ai pas été déçue !
Yasmine décide de prendre un nouvel angle intéressant : la dénonciation du colonialisme se fait à travers la présence du personnage secondaire, Tesnim, qui porte un regard critique sur les actes et pensées du personnage principal, Aïcha.
J’ai trouvé cette nouvelle un peu plus proche de ma propre expérience et réalité, comme souvent, semble-t-il, avec les écrits de Yasmine Djebel. Avoir un personnage qui pense bien faire, bien savoir mais qui finalement, reprend des mécanismes de pensée problématiques, rappellent énormément de personnes dans mon entourage et la frustration et parfois fatigue de Tesnim à voir tout cela et tenter d’expliquer, en vain, m’a beaucoup parlé.
Par ailleurs, j’ai bien aimé les références, voulues ou non, à l’antiquité et notamment à Hannibal Barca à travers le nom du personnage principal.
En conclusion, c’était un super recueil avec des nouvelles diverses aux angles de vue très différents et tous aussi pertinents les uns que les autres. Je suivrais le reste de la collection de la maison d’édition avec plaisir !