Sabbah de Babel
Littérature générale15 septembre 20246 min de lecture

La rentrée littéraire

Bonjouuuur ! Voici un petit format assez différents des autres ; j'avais fait un sondage il y a quelque temps sur Instagram pour voir si les coulisses d'une librairie vous intéressaient... et la réponse a été plutôt positive ! A travers ces chronique…

La rentrée littéraire
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Bonjouuuur !

Voici un petit format assez différents des autres ; j'avais fait un sondage il y a quelque temps sur Instagram pour voir si les coulisses d'une librairie vous intéressaient... et la réponse a été plutôt positive !
A travers ces chroniques d'une libraire débordée, vous pourrez donc découvrir un aspect du métier et/ou du monde du livre. Je vous parlerai de mon expérience, des retours que je peux avoir de mes ami(e)s/collègues, etc ; tout ne se fait pas exactement comme dans ma librairie, il s'agit juste d'un fonctionnement possible et je ne parle évidemment que de ce que j'ai pu voir/entendre parler !

Sur ce, commençons donc avec notre premier thème : la rentrée littéraire.
Phénomène franco-français s'il en est - on a décidément un trauma collectif lié à l'école -, il s'agit d'une des périodes de l'année les plus chargées. Cette rentrée met en tension toute la chaîne du livre, des auteurs aux éditeurs, en passant par les distributeurs et les transporteurs. En librairie, elle se traduit par une avalanche de cartons dignes d'une période de Noël... et d'une Pile à Lire absolument monstrueuse (surtout si on s'y prend tard, non je ne parle pas de mon cas, rien à voir).

Initialement, il s'agit d'une rentrée de la littérature générale francophone qui intervient après une pause éditoriale durant l'été. Les grandes vacances ont tendance à vider les librairies de la capitale (le monde du livre est ô combien parisiano-centré...) et les éditeurs tentent de prendre un peu de repos avant la folie que va être Noël. Si les librairies des régions les plus touristiques ne connaissent pas de repos (et force à vous franchement), tout ce beau monde parisien, et les clients tout aussi parisiens partis en vacances dans le Sud, remontent pour la rentrée des enfants et, avec, leurs lectures achevées d'été... donc une table de chevet bien vide. De nouvelles lectures sont nécessaire ! Or la rentrée scolaire, c'est du sérieux. Hors de question de poser à côté du lit le feel good chéri des terrasses et cafés ou le fameux polar lu les doigts de pieds en éventail (enfin vous pouvez, hein, vive la riz-volution !), il faut montrer l'exemple aux enfants (je fais ici de la psychologie de comptoir, ça n'a peut-être rien à voir. Mais peut-être que si). Qui dit rentrée dit donc thématiques actuelles, de société, réflexions et crises existentielles... comme à l'école, quoi. Pas de raison que seuls les enfants parlent de la Seconde Guerre Mondiale, les adultes aussi !

Bon, je force le trait, mais il est vrai que les romans portés par les diverses rentrées automnales s'inscrivent dans une tradition de littérature pour faire réfléchir, se questionner, (s')analyser.

C'est un moment éditorial fort : on compte entre 400 et 800 nouveaux titres qui paraissent chaque année sur une période très resserrée de 2 mois. Évidemment, impossible d'avoir tout, même quand on est une très grande librairie. Il faut faire des choix, et surtout, se préparer au mieux (aka essayer de trouver qui sera le Goncourt de l'année).
Et cela commence dès avril-mai ! Les libraires et les représentant(e)s, les personnes qui viennent présenter les catalogues d'une ou plusieurs maisons d'éditions pour les mois à venir, écument les propositions et commandent ce qui leur semblera pertinent, intéressant, adapté à leur clientèle. Durant l'été, la préparation continue, cette fois-ci avec des présentations de la rentrée par les éditeurs. Elles ont souvent lieu à Paris, même si quelques maisons indépendantes essaient de faire le tour de la France et de Belgique. On s'y voit présentés bien plus en détails les romans, afin de pouvoir au mieux les défendre par la suite et surtout... on y obtient des exemplaires gratuits, non destiné à la vente, afin de lire en amont les ouvrages sur lesquels on a misé.
Que ce soit pour rassurer les clients (et soit même) que oui, le Nothomb (c'est l'autrice très rigolote avec ses grands chapeaux et ses titres abracadabrantesques, genre la métaphysique des tubes) de cette année vaut le coup, pour défendre cette petite maison d'édition qui nous tient à cœur ou des nouvelles plumes, rien de mieux pour vendre un livre que de l'avoir lu (et apprécié, si possible).
Au sein même de la librairie, cela se retranscrit par une mise en avant des coups de cœurs, des notules (nom très fancy pour décrire les petits mots que les libraires mettent sur la couverture pour vous faire prendre le livre). Chacun défend son chouchou, on suit qui passe à la Grande Libraire - émission qui fait vraiment venir les clients pour un ou plusieurs titres particuliers, c'est dingue, donc il faut en prendre d'avance ! -, on échange ses impressions... bref, c'est un grand moment de stimulation éditoriale et culturelle ! Et aussi un grand moment de stimulation économique, on va pas se mentir.

La rentrée de septembre c'est également le moment propice pour sortir un roman francophone... si on veut qu'il gagne un prix (ou plusieurs, voyons grand !). Parce qu'il y a justement une émulsion livresque, parce que tout le monde se donne rendez-vous, organise des rencontres, des interviews, des lectures, etc., les titres d'automne (ils ne sortent pas tous en septembre, certains un peu avant notamment) sont visibles et vus, et sont donc sélectionnés dans les listes des concours prestigieux... Parmi lesquels on compte le prix Goncourt. Le Goncourt se décline en plusieurs genres, et, pour le roman, il existe même une version où ce sont des lycéen(ne)s de toute la France qui élisent leur favori ! Ce concours récompense une plume francophone pour sa production littéraire. Il est à noter que la phrase précédente est plus inclusive que le prix ne l'est, voilà.

Mais le Goncourt n'est pas le seul prix avec une immense réputation ! Il y a également le prix Fémina qui... récompense une plume francophone pour sa production littéraire. MAIS ! Ce concours-là n'est pas dirigé que par des vieux mecs blancs cis. C'est pas moi qui le dit, c'est vraiment littéralement la raison de la création du Prix Femina en 1904, qui s'oppose au Goncourt, dont le conseil n'était constitué que de vénérables vieux hommes à la moustache bien blanche.
D'autres prix ont vu le jour et sont décernés dans la même période : certains veulent mettre en avant des romans et/ou des plumes passées sous le radar, d'autres sont juste là pour rire, et c'est cool aussi.
Genre le prix de la page 111. C'est génial et complètement barré. Chaque année, les organisateur(ice)s ne lisent que la page 111 des livres qui ont été inscrit à leur concours. La meilleure page 111 remporte le prix, et l'auteur(ice) reçoit pour l'occasion ladite page encadrée, 111 pièces de 1 centimes et 111 bisous/coudées de l'assemblée, entre autres. Voilà.

Bon, mais vous l'aurez remarqué, il n'y a pas que des romans de littérature générale sur ma photo. Cette rentrée automnale s'étend de plus en plus aux autres rayons, notamment ceux de la jeunesse et des œuvres graphiques. Et ce n'est pas vraiment un hasard. Parce que qui dit rentrée dit aussi... plus que 3 mois avant décembre. Et trois mois, c'est parfait pour commencer à préparer les fêtes de fin d'années, savoir ce qu'on va conseiller pour le petit neveux qu'on ne connait pas, pour la tante sympa mais euh qu'est-ce qu'on lui achète ? un livre, bonne idée !, pour soi (ça arrive bien plus souvent que vous ne le pensez), etc. On se retrouve donc à jongler sur plusieurs tableaux, avec une très grosse activité sur la littérature générale, mais aussi dans d'autres rayons forts de la librairie (la jeunesse et la BD/Manga sont très porteurs).

Bref, la rentrée, c'est une grosse période, où il faut lire, conseiller, déballer les cartons, et faire les fournitures des élèves... de quoi bien nous mettre sur les rotules avant la joie, le bonheur, la félicité qu'est Noël (est-ce ironique ? Vous le découvrirez bientôt...).

Et vous alors, que lisez-vous pour cette rentrée ?