L'épouse de bois - Terri Windling
Résumé éditeur : Maggie Black est écrivain, auteur d’études sur des poètes. Elle apprend qu’un de ses plus anciens correspondants, Davis Cooper, vient de mourir en lui laissant tous ses biens en héritage. Maggie décide d’aller s’installer dans l’anci…


Résumé éditeur :
Maggie Black est écrivain, auteur d’études sur des poètes. Elle apprend qu’un de ses plus anciens correspondants, Davis Cooper, vient de mourir en lui laissant tous ses biens en héritage.
Maggie décide d’aller s’installer dans l’ancienne maison de Cooper, pour enfin s’atteler à la rédaction d’une biographie du grand écrivain.
Mais elle n’avait pas prévu que Cooper habitait en plein désert, dans les montagnes de l’Arizona (près de Tucson).
Là, la vie n’a pas le même rythme qu’ailleurs. Les choses sont plus pures, les formes plus essentielles, les mystères plus profonds...
Pourquoi Cooper est-il mort noyé dans un lit de rivière asséché ? Pourquoi des coyotes rôdent-ils autour de sa maison ?
Qui est l’étrange fille-lapin qui s’abrite sous les grands cactus ?
La magie de ces collines désertiques est puissante,
Maggie Black devra prendre garde à ne pas y perdre la raison — ou la vie.
La promesse d’une fantasy se déroulant dans le désert d’Arizona m’a intriguée, et la perspective d’avoir une intrigue tournée vers la poésie a achevé de me convaincre. C’est ainsi que je me suis lancée dans cette réédition de L’épouse de bois de Terri Windling, gracieusement envoyé par les Moutons Electriques. Si je pensais savoir un peu à quoi m’attendre, l’autrice nous fait bien comprendre qu’on doit apprendre à connaître ce lieu magique qu’est le désert, qu’on doit se laisser apprivoiser par lui, et abandonner ce que l’on pensait connaître de lui.
Le début du roman place l’intrigue proche du fantastique, si ce n’est avec les quelques incursions de la faune locale qui nous fait comprendre rapidement que cet endroit n’est pas comme les autres. J’ai beaucoup aimé ce climat doux et dur à la fois, statique et pourtant toujours en mouvement, silencieux mais oh combien bavard.
« L'air était vif. Un hibou hulula dans les collines. Bientôt, la Meute arriverait au canyon de Red Springs, l'heure de la chasse approchait.
Tous se rassemblèrent, les cactus, les herbes emportées par le vent, les fleurs sauvages. Les sorcières, les Mages, les change-formes. Les fées, les esprits et les spectres.
Pour Maggie et les autres, ce n'était qu'une brume qui se levait sans raison et couvrait le sol sec et rocailleux. Bientôt, la lune atteindrait son apogée, et alors, oui, la chasse commencerait. »
C’est véritablement une fantasy d’atmosphère qui se double subtilement d’une réflexion sur l’art et l’artiste. A travers poèmes, musiques et peintures, mais aussi par toutes les personnes qui les créées, se pose ici la question de l’œuvre et de son créateur, de leurs définitions, de leurs finitudes et de leur sens.
Malgré des thèmes abordés qui peuvent sembler lourds de prime abord, la quête de sens de Maggie, qui tente de retracer la vie et la mort de son poète préféré et mentor, permet de remarquablement bien fondre tous ces thèmes ensemble. Agencés comme ils le sont, nous suivons avec plaisir les différentes questions philosophiques et métaphysiques qui se posent sous nos yeux. C’est d’autant plus agréable que toutes les œuvres décrites le sont de sorte que le lecteur puisse se les représenter, pas seulement physiquement, mais également dans ce qu’elles dégagent, nous faisant pour un court instant voir par les yeux de l’artiste. Si je ne suis guère réceptive à la poésie surréaliste, les citations et l’amour qu’y porte Terri Windling ont su me faire apprécier cette excursion.
« Par la fenêtre, il la vit descendre du pickup, une petite femme, menue comme une poupée, mais douée d'une volonté aussi inébranlable que les Rincons. En la regardant au moment où elle entra, le visage fatigué, les yeux dans l'ombre, ses boucles couleurs cuivre qui s'échappaient d'un bandana violet, Juan sentit son amour pour elle se raviver brusquement. Ça faisait longtemps que ce n'était pas arrivé. Non pas qu'il avait cessé de l'aimer, se défendit-il en silence, mais l'amour, comme les habitudes de la vie quotidienne, s'était retrouvé poussé aux extrémités de la conscience.
La force des couleurs, les rythmes, les visions qu'il cherchait sur les sentiers de la montagne ne laissait que peu de place à tout ce qui était étranger au pur désir de peindre. N'était-ce pas ce que ressentaient tous les vrais artistes ? Il n'avait jamais éprouvé ça de façon aussi compulsive auparavant ; ça l'enthousiasmait, le terrifiait, lui donnait l'espoir qu'il finirait par faire du bon travail. »
Le style, très simple, m’avait au début laissé sur ma faim. Pourtant, à mesure que j’avançais dans le récit, comme Maggie qui perçoit de plus en plus, de mieux en mieux la beauté du désert, j’ai moi-même trouvé une certaine allure à cette plume. Elle correspond si bien à ce qu’elle nous dépeint. La narration quant à elle, m’a époustouflée. Bien que pas particulièrement originale, elle arrivait toujours à me faire revenir à l’histoire dès que je posais le livre. Même lorsque je n’étais pas plongée dans l’Epouse de Bois, je pensais à ses personnages, ses intrigues, son désert.
« La nuit, du lapis bleu ; la montagne, de l'onyx ; les saguaros, du vert-de-gris dans le plat de cuivre de la lune.
Le vent dans les mesquites secs.
Un coyote hurle, une étoile tombe, et la nuit m'ouvre à sa beauté terrible et poignante comme le deuil.
La nuit m'ouvre comme une géode, révélant les veines cristallines de Dieu. »
Le désert d’Arizona, parlons-en. Raconté par une locale (l’autrice y habitait), découvert par une étrangère, il est tout à la fois familier et inédit, se balançant toujours entre connu, inconnu et quelque chose au milieu. Le fait même de placer l’intrigue d’une Fantasy dans un lieu réel est très intéressant et intriguant. J’ai beaucoup aimé cette rupture avec la tendance de la fantasy épique du monde nouveau.
Ce fut une lecture marquante, très éthérée et pourtant ancrée dans le réel, aux frontières des genres. J’ai totalement été conquise et c’est vraiment un gros coup de cœur pour cette découverte… qui date de 1996.