Sabbah de Babel
16 octobre 20243 min de lecture

Nous serons l'incendie, Jeanne Mariem Corrèze

Quatre ans après une violente guerre d’invasion, le royaume de Sarda est occupé par les troupes des Contés-Unis des Sabès. Face à leur toute-puissance militaire, quelques poches de résistance mènent une courageuse guérilla, mais la lutte tourne à l’u…

Nous serons l'incendie, Jeanne Mariem Corrèze
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Quatre ans après une violente guerre d’invasion, le royaume de Sarda est occupé par les troupes des Contés-Unis des Sabès. Face à leur toute-puissance militaire, quelques poches de résistance mènent une courageuse guérilla, mais la lutte tourne à l’urgence quand un furieux incendie menace de dévorer le pays tout entier. Prince déchu, cavalières sans citadelle, réfugiées et mage de feu devront surmonter obstacles et différends pour sauver plus que des cendres.

Après Le Chant des cavalières, premier roman au succès public et critique, Jeanne Mariem Corrèze retourne à cet univers de dragons et de magie, pour un roman indépendant plein de grandes pages d’aventure, de questions de démocratie et d’amours contrariées, dans une fantasy très actuelle.


C'est une première rencontre avec la plume et l'univers de Jeanne Mariem Corrèze pour ma part. Cassie m'en a dit qu'énormément de bien, elle qui est tombée amoureuse du Chant des cavalières, mais je n'ai pas trouvé le temps de m'y plonger. Alors, lorsque les Moutons électriques nous ont proposé Nous serons l'incendie en service de presse, il a été évident qu'on allait sauter sur l'occasion, moi de découvrir l'autrice, Cassie de retrouver cet univers qu'elle aime tant. Nous en avons profité pour en faire une lecture commune, promesse d'un partage de poésie et de surprises.

Que dire de cette lecture ? J'avoue avoir procrastiné cette chronique, car je ne sais pas comment mettre les mots sur cette lecture. Non pas parce qu'elle a été mauvaise, bien au contraire. Cela a été une lecture longue, plus longue que ce qu'était prévu par la lecture commune. Mais c'est une lecture que j'ai savourée. La plume de l'autrice est à la hauteur de sa réputation, d'une poésie indéniable, mêlant douceur et violence avec talent.

Du point de vue de l'intrigue, j'avais peur d'être perdue, n'ayant pas lu Le Chant des cavalières. Or, ce tome reste suffisamment indépendant pour appréhender l'univers et l'intrigue tout seul, donnant juste assez d'indices sur ce qui a bien pu se passer dans Le Chant des cavalières pour donner envie de le lire également.

Nous sommes donc immerger en pleine rébellion, où la violence fait rage, mais aussi le désespoir. Les personnages sont fatigués par la guerre qu'ils perdent, ne voyant pas d'espoir naître. Pourtant, cela ne les empêche pas de continuer de résister, de mener le combat.

Roman choral, l'autrice nous offre une palette de personnages aussi attachants et captivants les uns que les autres. Ils se frayent un chemin dans nos cœurs, pas forcément à la même vitesse, mais tous atteignent leur but, nous faisant tomber sous le charme de leur vulnérabilité, de leurs doutes, de leurs incertitudes, tout autant que de leur détermination, de leur bienveillance, de leur amour.

Et puis ce feu. Ce feu qui ravage tout, le territoire comme l'âme. Ce feu qui propage ses cendres sur tous les villages, sur tous les cœurs. Mais de ces cendres, renaît quelque chose, une étincelle d'espoir à laquelle se cramponnent nos personnages avec force et conviction. Elles sont l'incendie. Elles sont les cendres. Elles sont l'étincelle.

Je n'ai pas envie de vous faire la liste de ce que j'aime chez les personnages parce que, pour une fois, j'ai envie de vous laisser les découvrir par vous-mêmes et de les aimer à votre manière. La beauté de ce roman réside dans cette découverte de ces personnages si exceptionnels.

Tout comme Cassie avec Le Chant des cavalières, je ne saurais vous en dire plus sans prendre le risque de vous gâcher la lecture. En revanche, je vais terminer mon avis sur un point qui m'a marqué : la grammaire. Jeanne Mariem Corrèze fait le choix d'avoir un univers gouverné par les femmes. Elle choisit donc de faire ses accords de majorité au féminin. Si cela m'a perturbé au début, j'ai été absolument enchantée par ce choix. Il est tout à fait cohérent avec l'univers et le message passé dans ce roman où les femmes en sont le cœur - sans pour autant effacer des personnages masculins, qui ont une place importante et à qui honneur est fait-.

Je souhaite donc remercier l'autrice pour cette incroyable épopée féminine, féministe, qui m'a ravi le cœur.