Sabbah de Babel
Littérature générale18 janvier 20245 min de lecture

Red, White and Royal Blue (My dear fucking prince) - Casey McQuinston

Résumé éditeur : Que se passerait-il si le fils de la présidente des États-Unis et le prince d'Angleterre devenaient... beaucoup plus que des amis ? Quand sa mère a été élue présidente des États-Unis, Alex Claremont-Diaz s'est aussitôt retrouvé propu…

Red, White and Royal Blue (My dear fucking prince) - Casey McQuinston
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Résumé éditeur :

Que se passerait-il si le fils de la présidente des États-Unis et le prince d'Angleterre devenaient... beaucoup plus que des amis ?
Quand sa mère a été élue présidente des États-Unis, Alex Claremont-Diaz s'est aussitôt retrouvé propulsé au rang de prince de la nation. Charismatique, intelligent, charmeur... son potentiel de séduction auprès des millennials est un atout majeur aux yeux de la Maison-Blanche. Seul problème : Alex est l'ennemi personnel du vrai prince, Henry - celui dont la grand-mère règne de l'autre côté de l'Atlantique.
Et, quand la presse met la main sur la photo d'une altercation entre les deux jeunes gens, les relations anglo-américaines s'enveniment... en pleine campagne de la présidente pour sa réélection !

J’ai d’abord découvert cet univers de Casey McQuinston avec l’adaptation cinématographique, adaptation que j’avais adoré ! J’avais même réussi à le faire regarder à mon copain, ce qui prouve à quel point j’ai bien su vendre l’affaire. Une seule doléance concernant le film en revanche : la scène où Alex et Henry s’hurlent dessus au palais, très bien écrite je n’en doutait pas, ne collait pas trop avec ce qui avait été proposé dans l'adaptation. Alex était totalement en tord et Henri avait raison sur le fait que les enjeux n’étaient absolument pas les mêmes. Bref, tout ça pour dire que je me demandais vraiment ce que cela rendait en livre - et si c’était aussi drôle, parce que vraiment j’ai bien rigolé avec ce film ! J’ai donc acheté la version originale quand, avec Nawal, nous sommes allées faire un tour dans une librairie féministe pas piquée des hannetons. Brefouille.

Je vais être honnête, je ne m’attendais pas à une telle qualité. Ce bouquin a été une grosse claque, parce que j’ai vraiment trouvé que tous les aspects avaient été super bien travaillés : l’intrigue, les personnages, l’arrière-plan narratif, l’univers, franchement, tout. Et c’est vraiment pas pour dénigrer les romances ou quoique ce soit. J’aime beaucoup en lire, beaucoup ne se cantonnent pas à une intrigue simpliste et des personnages lisses, qu’on s’entende. C’est vraiment qu’en voyant le film, je me suis dit que ça allait être un bouquin sympa à lire, qui me fera sourire et rire, et puis c’est tout. Alors que franchement, pas du tout.

Déjà, je l’ai fait durer exprès pour l’avoir plus longtemps avec moi tellement j’ai adoré. Tout le long de ma lecture, j’ai fangirlé auprès de mes proches qui l’avaient lu (petite pensée pour toi Noémie, toujours là ça fait plaiz’). C’est trop génial lisez ce bouquin, franchement.

(On me souffle dans l’oreille qu’il faut que je donne des arguments. Bon, bon, s’il en faut…)

On suit donc Alex, fils de la première présidente des Etats-Unis d’Amérique, qui est un personnage charismatique, charmant… et un peu narcissique sur les bords, on va pas se mentir. C’est un beau-gosse, il le sait, voilà, et vraiment, c’était mal parti pour cette lecture parce que je pouvais pas le blairer. Mais ! Il y a un mais ! C’est aussi un type anxieux au possible. Le genre de personne qui est perfectionniste et qui ne sait pas s’arrêter, du tout, jamais. Et bah laissez-moi vous dire que c’était très chouette de suivre un personnage qui est si “faillible” dès le début, même si vraiment je pouvais pas le voir durant les premiers chapitres (il m’énervait trop, j’ai zéro chill dans ma vie, voilà, c’est dit). Et donc ce personnage charmant mais détestable est obsédé par Henry, l’un des princes d’Angleterre. Pas comme Nawal avec Taylor Swift, ni comme Bella avec Edward, non non, plus comme un héros de shonen face à un mec random qu’il considère comme sa némésis. Voilà, Alex peut pas saquer Henry, parce qu’il a un balais dans les fesses, qu’il a pas été sympa avec lui la première fois qu’ils se sont croisés et que toute la terre les compare toujours. Je ne critique absolument pas ses raisons, soyons clairs ; c’est très valide de pas vouloir être autant associé à un aristo coincé qui a été désagréable dès la première rencontre.

Sauf que voilà, les deux vont être obligés de prétendre être les meilleurs amis du monde. Pourquoi ? Aaaah bah on peut dire qu’ils ont mis les pieds dans le plat, assez sévèrement, puisqu’ils ont déclenché un incident diplomatique en ruinant tous les deux le gâteau de mariage de Prince Héritier d’Angleterre. Assez ballot, et j’aimerai dire que ça peut arriver, mais vraiment, non, jamais, donc à eux d’assumer les conséquences.

Et c’est à partir de là que ça devient très intéressant : à mesure que la relation entre Alex et Henri se tisse, le personnage d’Alex prend en profondeur, s’étoffe et évolue. A mon sens, tous ces changements sont bien amenés. Ils se font progressivement, sans que rien ne se presse… jusqu’à ce qu’Alex se rende compte que mmh, Henry, oui, oui, pas mal pas mal, plus qu’un ami oui oui, mais qu’est-ce que ça veut dire je suis hétéro.

Et alors franchement. Vraiment. Meilleure représentation de la bisexualité, hein. Dans sa découverte de soi, Alex est si perdu, si confus, si réel ! Casey McQuinston a réussi à retranscrire à merveille ce que peut être une réalisation tardive de son orientation. J’ai jamais autant hurlé de rire devant une situation avant de me rendre compte que je devrais peut-être pas rire autant vu que j’avais pas mieux fait de mon côté. Absolument tordant, donc.

Et Henry n’est pas en reste non plus ! On plonge dans sa vie un peu plus tardivement dans le livre, mais là aussi, tout a été écrit avec brio. Henry est dépressif, disons le clairement, et a des périodes où il se renferme sur lui. La manière dont cela a été traité dans le livre est vraiment très chouette. A aucun moment les personnages ne traitent négativement Henry à cause de sa maladie, au contraire. Il y a une très belle discussion entre Alex et Béa, sa sœur, à ce sujet. Discussion très bien menée et pleine d’empathie.

Des thématiques bien abordées, des personnages intéressants, que pourrait-on demander de plus me diriez-vous ? Casey McQuinston n’a pas attendu la réponse pour prendre les devants et explorer, à travers ses personnages et de nombreuses citations, l’histoire queer. Sans être trop denses, ces petites parenthèses éducatives ont été un moyen d’aborder la notion de temporalité, tout en apportant encore une fois de la profondeur aux personnages.

Une lecture feel good, d’une qualité exceptionnelle, qui montre bien qu’on peut avoir un splendide roman tout en étant de la littérature de genre et qui plus est de la romance !