Vainqueuse, Jean-Laurent Del Socorro
Tu es bien humaine, à vouloir triompher des autres avant de chercher à te vaincre toi-même. Cynisca est une princesse de Sparte, le sang d’Héraclès coule dans ses veines. Éduquée comme un homme depuis l’âge de sept ans, elle est aujourd’hui une comba…

Tu es bien humaine, à vouloir triompher des autres avant de chercher à te vaincre toi-même.

Cynisca est une princesse de Sparte, le sang d’Héraclès coule dans ses veines. Éduquée comme un homme depuis l’âge de sept ans, elle est aujourd’hui une combattante d’exception, qui rêve d’un triomphe à sa mesure. Mais, confrontée à l’absurdité de la guerre, elle s’interroge. Qu’y a-t-il de glorieux ou de juste à prendre une vie ? N’y a-t-il pas d’autres batailles à mener et d’autres victoires à offrir à la déesse Orthia, comme elle s’y est engagée ? Depuis que la divinité du monde sauvage l’a mise au défi de battre un cheval à la course, Cynisca est devenue la meilleure cavalière de la cité. Et si c’était là le moyen d’entrer dans la légende ?
J'ai toujours eu un faible pour les romans historiques de l'auteur. Le premier, Boudicca, a été un coup de cœur. Une femme forte et captivante qui m'a passionné. Vous imaginez donc ma joie quand il a annoncé la sortie d'un nouveau roman sur, cette fois, une femme grecque !
Je ne connaissais pas du tout cette figure historique. Honte à moi, je sais. Mais ne me jugez pas trop vite parce que je pense que vous non plus. J'ai donc découvert cette incroyable personne à travers la plume de l'auteur, qui m'a fait apprécié Cynisca dès les premières pages. Pourquoi ? Je ne saurais le dire. C'est une personnalité qui m'a tout de suite accroché. Sa détermination, sa force mêlée à une certaine douceur, une vulnérabilité et un manque de confiance en soi. Sa complexité m'a frappé dès le début de son histoire.
Cynisca est une guerrière. C'est une princesse Spartiate, qui a eu l'exceptionnelle occasion de suivre l'agogée, l'éducation guerrière réservée aux hommes. Et elle y était douée. C'était une bonne combattante et une cavalière d'autant plus douée. Jusque là, traditionnelle dans l'image la figure de l'héroïne féministe avec un peu de rébellion en elle (oui, je pense à toi Katniss ♥).
Mais Cynisca est aussi une jeune femme qui doute. Vulnérable. Elle enchaîne les pertes et développe une peur de l'abandon qui va la suivre une bonne partie de sa vie. Elle tente de toutes ses forces d'être à la hauteur des hommes qui l'entourent, d'être à la hauteur de sa cité, d'être à la hauteur de sa déesse, Orthia. Mais elle ne cesse de douter et d'avoir peur. Classique vous me direz aussi. Et vous auriez raison.
Ce qui fait la complexité de Cynisca, c'est qu'elle est tout cela, mais qu'elle fait aussi preuve d'une douceur et d'une féminité qu'elle embrasse au fur et à mesure de son développement. On la voit passer de jeune fille qui veut devenir comme les hommes à jeune femme qui embrasse sa féminité, tout en gardant la force qu'elle s'est construite en voulant devenir comme un homme. C'est donc un magnifique méli-mélo de masculinité et de féminité qui s'harmonise à merveille pour donner une femme incroyablement attachante.
Cynisca est également une femme qui n'a pas peur d'aimer. Elle a certes peur de l'exprimer, notamment à ses frères, mais elle n'a aucune peur d'aimer. Elle tombe assez vite amoureuse de la mercenaire Stratonice, qu'elle choisit d'aimer et qu'elle ne quitte plus. Les relations que noue Cynisca avec les autres personnages sont toutes aussi belles : tout d'abord Brasidas, qu'elle rencontre en allant au secours de la cité Amphipolis, mais aussi sa belle-soeur, Cléora, ses nièces, Euryleonis... C'est toute une famille qu'elle s'est construite et qu'elle entretient avec un amour fabuleux.
Revenons donc à l'intrigue principale : les Jeux Olympiques ! Roman qui sort à point nommé avec les JO en France cette année. Je le disais plus tôt, Cynisca est une excellente cavalière. Si excellente, qu'elle finit par penser aux Jeux Olympiques. Or, les JO ne sont accessibles qu'aux hommes. Et quand je dis accessibles qu'aux hommes, je parle du côté des participants ET des spectateurs. Une femme ne peut pas entrer dans l'arène, qu'elle soit athlète ou spectatrice. Sexiste hein ? Attendez que je vous dise qu'elle peut encourir si elle transgresse cette loi : elle est jetée du haut d'une montagne. Les Grecs ne plaisantent pas avec leurs jeux sacrés.
Mais cela n'empêche pas Cynisca. C'est après tout la première femme à avoir passer l'agogée, ce ne sont pas les JO qui vont l'arrêter. Son entraînement suit sa croissance en tant que femme et la construction de son émancipation. Emancipation qu'elle étend aux autres femmes dans sa vie et dans sa cité.
Je ne vais pas m'attarder plus longtemps, je pense que vous avez compris que c'est un coup de coeur et qu'il vous faut le lire dès que possible. Sinon je fais très mal mon job et je devrais songer à changer de voie... Ne me faites pas changer de voie !